(02/01/05) Concours de beauté dadaiste

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Message Sujet: (02/01/05) Concours de beauté dadaiste    Lun 6 Nov - 20:09
La dalle est froide. Ses ongles se sont cassées sur les irrégularités de l'asphalte, elle a du laisser des petits bouts de manucure d'abord, puis de sang, de peau, sur son trajet. Elle n'a pas hurlé. Elle n'a pas pu, sa gorge frêle prise dans un étau. Une main, une seule, trop grande, terriblement répugnante. Elle a essayé de mordre, mais elle n'a pas pu. Elle croit qu'elle va vomir. Si elle pouvait respirer, elle vomirait avant de crier. C'est plus urgent. Sa main blessée cherche celle de son mari. Ils commençaient à se faire chier ensemble, c'est vrai, mais toutes ces engueulades classiques se sont évanouies dans son esprit. Il n'y a plus que lui, et le dehors, lui, et la lumière, lui qui lui presse la main quand ils parviennent à joindre les leurs, et ils serrent, serrent, serrent ! … Alors que l'égout se referme. Le monstre les a pris comme elle chipait les bonbons dans son épicerie de quartier. Un geste. Un sourire. Elle se dit que l'emballage c'est eux, et que bientôt ils tomberont, froissés, dans la merde qui clapote sous eux.

La dalle est froide. Son œil s'ouvre et elle ne voit pas la lune disparaître au dessus d'elle. Juste les ténèbres à peine perméables et la rumeur de l'eau. Elle ne remue pas, elle ne crie pas. Elle ne s'étire pas non plus, elle est morte, et le temps de s'en souvenir elle est restée immobile. Elle se redresse finalement, saute sur ses jambes épaisses et arquées, avec un genou plus haut que l'autre et le pied gauche qui a deux talons (c'est pour mieux te botter le cul, mon enfant). Tâtonnant de ces petits doigts fourmillants sur les surfaces irrégulières et grasses, elle trouve un petit relief plus lisse que le reste et y appuie. Après un claquement sec, la lumière grésille. Un air de radio résonne, un peu parasité par une autre station. Son petit assemblage de lampes sous plastique éclaire le refuge d'une lumière jaune, avec des coulures brunes, selon ce qu'il y a sur le drapé protégeant le câblage électrique soigneusement et illégalement tiré jusque là. Elle essuie la surface, redresse sa masse et sifflote un petit air gai en allant vers la vasque qui recueille une eau claire goutte à goutte, depuis un tuyau penché. C'est pas parce qu'on vit dans les égouts qu'on a pas le droit de se rincer.

Les mains propres et la face dégagée, elle sourit à l'horreur qui montre des crocs en plissant des yeux translucides face à elle dans le miroir, puis, maintenant à chantonner d'une voix aiguë la petite mélodie gémie par la radio, elle va vers son coffre monté sur bidons de lessive vides et bouchonnés (pour la flottaison en cas de gros orage) et passe une grosse salopette molle, des cuissardes de pèche remontant jusqu'à la ceinture – taille obèse morbide – et, ajustant les bretelles, elle empoigne l'un des sacs qu'elle se prépare pour être prête à tout (une lampe torche, de quoi couvrir sa face, un caméscope solide, un peu d'argent et de quoi séduire des serrures). C'est parti. Ce soir elle a rendez-vous, et pas avec n'importe qui, alors autant s'attendre à une soirée intéressante.

Son pas est bon et c'est sans traîner qu'elle se rend au point mentionné. On ne fait pas attendre le Clan, Khalid encore moins. C'est un quelqu'un, ce cadavre, et quelqu'un de chez elle qui plus est. On pourrait penser qu'il est particulier de se sentir faire partie d'une communauté pareille quand son ticket d'entrée a été une strangulation partielle, une exsanguination totale, un meurtre sur conjoint et une défiguration qui ne s'est pas arrêtée à ladite figure ; mais quand on comprend que c'est semblable pour tous, et qu'en bas on est tous les mêmes, ça vient naturellement. Ça ou le suicide. Le désespoir c'est romantique, il paraît. Les trucs romantiques, Vilaine, elle s'en cure la coquine depuis qu'elle a huit ans.

Elle parvient au point donné. Ça goutte, ça pue et ses bottes résonnent sur le sol. Elle arque un hideux et chaleureux sourire en présentant sa paume difforme, lançant de cette voix qui n'a rien à voir avec son physique, restée fluette et un peu nasillarde.

« Me voilà, Chef ! On voulait m'voir, me voilà ! »

Enthousiaste, évidemment. Elle l'est toujours quand un des Rats la demande. Un peu scout toujours prêt, elle cherche vaguement des yeux s'il est question de s'asseoir, avant de revenir au visage de son Primogène.

« C'est à propos des appels, ou on a de la visite de prévue en ville ? »




Dernière édition par Vilaine le Mar 7 Nov - 17:45, édité 1 fois

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Message Sujet: Re: (02/01/05) Concours de beauté dadaiste    Mar 7 Nov - 17:36
La bête était là, tapie dans les ombres, à scruter un écran d'ordinateur sur une petite table dans un ancien relais d'égout abandonné depuis des années. Des immenses câbles entraient et sortaient de la terre pour aller vers le monde des vivants. Mais leurs travaux avaient permis à Khalid d'avoir une couverture internet à coût zéro. Il sentit alors qu'elle s'approchait. L'ancien Mamelouk n'avait pas souvent des visites, surtout depuis que les grandes inondations des dernières années. La question était encore en suspens... qui en avait été responsable ? Pourquoi ? Le "nettoyage" avait permis de rendre les lieux plus sains pour ses habitants mais à quel prix pour les Nosferatus. Le nombre de disparus était élevé malheureusement.

Silencieux comme à son habitude, il l'observait à l'entrée de son domaine. La transformation des siens avaient toujours quelque chose de choquant mais, lui, trouvait en elle une certaine forme de beauté. De son côté, on ne pouvait pas louper son visage grisâtre marqué de lignes de sang, telles de cisailles qui laissaient le sang couler à travers son visage. Ses bras saignaient aussi. Sinistre héritage du "Rocher" de Constantinople mais il vivait avec depuis suffisamment longtemps.

Pourquoi était-elle là ?

La réponse lui revint. Depuis quelques jours, il avait enquêté sur d'étranges appels à travers la ville et ses réseaux s'étaient mis en branle pour tenter de comprendre la situation. Mais rien à noter, toutes les communautés secrètes de la ville cherchaient aussi et le vieux Nosferatu s'agaçait de ne pas en savoir plus. Ou du moins... il avait des suppositions. Un mail de son ami Fantomas lui avait signifié que ces appels étaient circonscrits à la région de Chicago et ses alentours. Cela n'était donc pas une phénomène mondial. Réfléchi, il se doutait que les principes de la guerre de la nuit continuaient leur sinistre oeuvre.

- D'après mes sources, cela ne concerne que notre région. Chicago pour être plus précis avouons le... Celui ou ceux qui sont derrière cela sont très forts mais on m'échappe pas ainsi...

Pesta l'Ancien alors qu'il faisait les cent pas.

- J'aurai besoin de tes "talents" on va dire, enfin en attendant, tu vas bien ? Pas trop dur depuis ta... ?

Il ne terminait pas sa phrase, il se demandait toujours si elle avait vraiment bien encaissé son étreinte. La non vie était source de malheurs pour ceux de son Clan, il préférait toujours se soucier de cela des membres de son Clan. Et puis ils n'étaient plus aussi nombreux qu'avant, chaque élément était indispensable à sa reconstruction.


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