Annabeth au pays des contraires

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Message Sujet: Annabeth au pays des contraires   Dim 19 Nov - 17:20
Des gémissements, des cris de lamentation et des ronflements. Ouvrant doucement les yeux, la sangsue sort de sa torpeur. Son cercueil est une grande pièce délabrée perdue dans un lotissement abandonné des quartiers malfamés. Une trentaine de corps amorphes y est entassée. La tête reposée sur le bide d’un punk à la crête défraîchie, l’élastique, la seringue, la cuillère et le briquet se tiennent près de son bras. Qu’elle se redresse, il lui est donné d’apprécier la défonce de son oreiller d’un soir, les pupilles dansant sous ses paupières. L’odeur orgiaque lui prend aux narines. À quelques mètres, la frange de la société se reproduit à la plus grande indifférence de la Malkavienne. S’étirant de tout son long, une sonnerie de téléphone attire son attention vers une personne qui ne tarderait pas à décrocher le combiné. Ni plus ni moins que la personne qui lui avait donné l’adresse du lieu, pour une nuit endiablée ayant mis ko la quasi totalité des convives. L’espace d’une journée, ils partageaient sa torpeur. Lentement, elle se relevait et remarquant que son ami se tournait vers sa direction, s’en approchait.

-Anna, c’est pour toi.

Il n’y avait qu’un moyen de la contacter : passer une vingtaine de coups de téléphone chez les parias de Chicago pour repérer son présent emplacement par jeu de rumeurs. En dépit des apparences, elle bougeait énormément et passait d’un groupe à l’autre. Elle avait fourni à ses contacts les plus importants une liste de noms à appeler. Évidemment, un téléphone personnel aurait facilité la chose, mais pour cela, encore fallait-il pouvoir se payer un forfait. Ou, pour commencer, figurer sur la base de donnée du pays. Sa vraie identité n’appartenait pas à ce monde. Du moins, en était-elle persuadée. En toute logique, elle n’avait pas de raison de penser qu’elle apparaissait sur le registre national. C’était un avantage pour ses « employeurs » de pouvoir compter sur une personne « invisible » qui permettait de compenser les difficultés à la joindre.

Prenant l’appareil mobile de son compagnon du soir, la sangsue se contentait d’écouter ce qu’on avait à lui dire. Selon toute vraisemblance, il lui fallait rencontrer quelqu’un… une nouvelle venue ayant à cœur de découvrir les règles du milieu. Pour cela, Anna l’y aiderait. Une adresse lui avait été donnée avec, en filigrane, quelques messages subliminaux lui faisant comprendre que l’ordre venait d’en haut. Derrière le combiné se trouvait un type familier du monde occulte. Cette simple information lui faisait comprendre que la « cliente » n’était pas de ces chimères inconscientes. Elle était un fragment de sa mémoire.

La mission communiquée, Anna pouvait raccrocher et rendre le téléphone au brave gars qui se ferait un plaisir de la conduire en mobylette jusqu’à sa destination. C’est que la jeune femme avait le bon feeling pour obtenir de ses interlocuteurs qu’ils consentent toujours de lui rendre quelques menus services ! Pendant le trajet, l’environnement changeait du tout au tout, les faisant passer des coupes-gorges aux quartiers les plus huppés de la ville. Le contraste était saisissant de la maisonnée en ruine à l’hôtel de luxe devant lequel le motard la déposait. Alentours, les lumières des phares de voiture, des enseignes commerciales, des écrans publicitaires saturaient sa vision et l’aveuglaient. Sans parler de la foule qui fourmillait de partout… si bien que la sangsue n’attendrait pas longtemps avant de passer le seuil de l’établissement.

De la luxure la plus crasse au luxe le plus fastueux, il y avait un monde. Ci et là, les clients lui lançaient de œillades de dédain. Il fallait bien reconnaître que sa tenue ne correspondait guère aux tenues à mille balles avec lesquelles se pavanaient ces personnalités puantes de condescendance. Avec sa coupe débraillée, son sweet à capuche négligé et son jean crade, il était logique de constater l’expression décomposée de l’hôtesse d’accueil qui hésitait grande à appeler la vigile.

-Euh… madame ? Comment puis-je vous aider ?
-Simple, j’ai une Beth que je dois rencontrer. Elle m’a demandé de la rejoindre à… euh, vous avez l’heure ?
-… 21h45.
-Ah ! Je suis même en avance ! Voilà, vous pouvez l’appeler ? Elle est dans la chambre 1408. Dites lui que c’est au nom d’Anna ! Vous seriez bien aimable !


Grimaçante, l’hôtesse appelait à la chambre. À ses yeux, ce n’était qu’un mauvais canular qui demanderait d’appeler les services de sécurité sitôt la manœuvre mise au jour. Il fallait voir son changement d’expression alors que la personne au bout du fil décrochait pour sembler lui confirmer l’information… Bonne élève, Anna l’écoutait lui indiquer l’ascenseur pour rejoindre la dénommée Beth dans ses appartements. Nonchalamment, la sangsue se mettait en route et partageait un peu de sa puanteur aux quelques malheureux partageant sa montée vers les cieux. Qu’elle frappe à la porte, un homme l’accueillait avec la même consternation que les personnes à l’accueil. Fallait-il s’étonner qu’il la conduise à la douche le temps que sa maîtresse arrive ? La rencontre à venir promettait une belle expérience sociale.

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Message Sujet: Re: Annabeth au pays des contraires   Lun 20 Nov - 10:07
Elle avait laissé la consigne à son allié, sachant pertinemment qu'il saurait contacter les bonnes personnes pour le projet qui était le sien. Il faut dire qu'elle n'avait pas encore suffisamment d'appui au sein de Chicago pour s'occuper elle-même de certaines affaires. Pour le moment, elle gérait celles qui requéraient une attention urgente, laissant le reste entre les mains de son avocat. Mais pour ce qu'elle voulait ici, il lui fallait autre chose que son charme naturelle. Car cette ville était sous la coupe du Prince Lodin. Et elle ne souhaitait pas faire quelque chose qui pourrait être prit comme une conquête de son territoire.

Elle avait loué une suite au sein de ce prestigieux hôtel, pour les avantages que cela lui apportait en tant qu'héritière d'un groupe important. Discrétion et faveur, notamment. Cela faisait deux jours qu'elle avait prit possession des lieux, prenant ses "repas" directement à domicile. C'est qu'il n'était pas difficile pour elle de payer un escort boy et de se nourrir sur lui directement. Si son âge humain pouvait rebuter ceux possédant une morale, elle avait appris que l'argent balayait généralement ce genre de considération. En journée, elle plongeait dans ce sommeil si particulier qui prenait chaque personne de son espèce. Son ami veillant à ce que personne ne vienne la déranger. Et la nuit, elle s'éveillait pour poursuivre cette vie si étrange qui était la sienne depuis une bonne décennie.

Un coup de téléphone de la réception lui appris que la dénommée Anna l'attendait. Alors qu'on la faisait monter, elle terminait de se préparer. Elle ne connaissait rien de celle qui venait à elle. Mais son ami lui avait confirmé qu'il s'agissait de la personne à contacter pour ses affaires. Ayant donné des ordres précis pour qu'on l'accueille comme il se devait, elle resta un instant à contempler son reflet dans le miroir. Elle n'était pas de ces grandes dames à s'apprêter et à se pouponner pour un rendez-vous important. Privilège de l'âge qu'on lui donnait, elle préférait les vêtements traditionnels des adolescentes. Ce soir, son choix s'était arrêté sur un jean, associé à un pull en laine. Un trait de maquillage pour faire ressortir ses yeux bleus. Simple. Discret. On frappa à la porte de sa chambre. La voix de l'homme lui confirma ce qu'elle supposait déjà.

    - Mademoiselle. Votre invitée est arrivée. Nous l'avons installé dans le salon privé, conformément à votre demande.

Il était donc temps pour elle de faire son entrée. Pour cet entretien avec une autre sœur de la nuit, elle avait pris la décision de la rencontrer seule à seule. Si elle avait confiance en son allié, elle préférait gérer cela elle-même, sans interaction extérieure. Réajustant sa tenue, elle prit donc la direction du salon privé. Le groom lui ouvrit la porte. Elle pénétrait dans la pièce, son regard se posant immédiatement sur la jeune femme qui s'y trouvait. Elle fut amusée de constater son apparence. Quel contraste. Dans un lieu comme celui-ci, elle était prête à parier que ça n'arrivait pas souvent. Mais l'argent ouvrait bien des portes et justifiait bien des caprices. Elle se doutait aussi que sa propre apparence surprendrait son invitée : c'est qu'il était rare pour un Sire d'étreindre une enfant si jeune. Cela lui avait apporté quelques remontrances, d'ailleurs. Mais Jaroslav avait obtenu le droit d'agir ainsi.

    - Je vous remercie, vous voudrez bien fermer la porte derrière vous et faire en sorte que personne ne nous dérange ?

Elle glissa une liasse de billets entre les mains du groom qui, trop heureux, s'empressa d'obéir aux consignes de la jeune femme. Une fois seule à seule avec Anna, elle se détendit complètement. Sourire aux lèvres, elle adressa un signe de la tête à son invitée.

    - Anna, je suis positivement ravie de te rencontrer. Je me présente. Je suis Beth. Mon ami a tiré quelques ficelles, a appelé quelques contacts, pour que je puisse te rencontrer. Tu as été difficile à trouver. Permets moi donc de te remercier d'être venue.

Restait à aborder le vif du sujet. Si pour les Immortels, le temps ne représentait rien, il n'en restait pas moins précieux aux yeux de la demoiselle.

    - Je ne sais pas précisément ce que l'on t'a raconté sur les motivations qui m'ont poussées à faire appel à ce réseau. Alors je vais éclaircir ce point. Je souhaite investir. Racheter des biens immobiliers dans certains quartiers très précis. Mon but est de faire des affaires, de me faire un nom à Chicago. Mais ce que je ne veux pas, c'est que cela soit prit comme une déclaration de guerre, vois-tu ? Me mettre les Puissants à dos est exclu. Et contre productif. J'ai donc besoin de conseils. Et d'une voix qui saurait arriver jusqu'aux oreilles de nos pairs. L'argent n'est pas un problème pour moi, tu as pu t'en rendre compte. Penses-tu pouvoir m'être d'une quelconque utilité pour m'expliquer les règles du milieu ?


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Message Sujet: Re: Annabeth au pays des contraires   Lun 20 Nov - 20:16
Évasive, Anna regardait le vide de la pièce, assise sur le divan à jouer avec l’une de ses mèches encore humides. C’est qu’elle n’y était pas allée de main morte sur l’eau chaude… En même temps, une douche qui ne crachait pas d’eau glaciale au bout de dix minutes était beaucoup trop rare pour ne pas en abuser grassement. Et puis ce débit qui ne fouettait ni ne glissait sur sa peau… Non, une caresse des plus délicieuses. C’était juste… parfait. Sur ces petits plaisirs, la jeune femme ne souffrait d’aucune timidité et ne détournait pas le regard devant le majordome qui l’avait vu écouler un bassin d’eau. Il y avait également ce bain, mais se connaissant, ses hôtes auraient dû la déloger par la force avant qu’elle ne tombe dans une torpeur extatique. Au sortir de sa cabine, même ses vêtements avaient été lavés et parfumés… à une vitesse qui la laissait circonspecte.

Désormais, elle pouvait apprécier le beau mobilier composant le tableau… et toute ces technologies nouvelles… comme cet écran plat. Détail étrange… car avant que ne se passe son drame, de tels appareils n’existaient pas. Elle en avait la certitude. Mais voilà… son songe poussait le réalisme jusqu’à mettre au jour de nouvelles inventions… qui n’existaient probablement que dans sa tête. Déjà, un téléphone qui tenait dans une main et sans fil… Oui, c’était franchement bizarre. Presque, ésotérique. Décemment, ça ne pouvait pas être réel ! Il n’empêche, tous ces fantasmes la laissaient rêveuse. Un sentiment dangereux, car elle ne devait jamais oublier. Tout cela est faux. Il faut se battre pour ne pas s'endormir et se perdre par extension dans un labyrinthe onirique.

Par exemple, cette femme qu’elle était sur le point de rencontrer… une semblable… son libre arbitre ne demeurait qu’aux affres de son subconscient. Elle n’incarnait qu’une facette de sa mémoire et en cela, devait être lue non pas comme une personne, mais telle une énigme. Au jugé du cadre empreint de faste, cette Beth était certainement une fille de bonne famille. L’un de ces toréadors narcissiques et snobs à préférer écouter la sodomie d’un canard avec un âne. Rien qu’à cette idée, elle imaginait déjà une partie de sa vitae s’écouler de ses oreilles ; au souvenir notamment de sa visite chez Constance. Cependant, il en serait tout autrement quand la principale intéressée entrait en scène, congédiant aussitôt son serviteur.

Les yeux plissés, Anna observait le spécimen avec une certaine circonspection. Une enfant… Allez savoir pourquoi, l’une des règles fondamentales du monde de la nuit était : tu n’étreindras jamais un rejeton. Une pratique jugée trop immorale, si bien que de telles pratiques entraînaient souvent l’exécution du nouveau né. Mais voilà, la personne en face se tenait là, bien portante ; toute proportion gardée. Et le bouquet… elle ne ressemblait guère à une petite princesse ! Raison pour laquelle un léger sourire apparaissait sur son visage.

-Je suis aussi heureuse de te rencontrer, Beth. Tu le vois, nous n’appartenons pas au même monde.


De sa bouche, ces mots étaient plus lourds de sens que l’apparence le laissait entrevoir. Bientôt, son regard ne se laissait plus accaparer que par l’écran noir à côté ; une fenêtre vers les limbes.

-La Voix m’a demandé de ressentir... d’Être. Si je suis présente ici, c’est que du sens se tait. Toi, tu vas l’exprimer et moi, je vais t’y aider. Mais avant d’y arriver, je dois te poser une question.

Si cette gamine s’attendait à ce que la paria lui donne les clefs pour optimiser ses investissements, elle se trouverait devant une impasse. Malgré tout, entre les lignes, la Malkavienne était la plus lucide.

-Es tu prête à t'enchaîner pour libérer ton potentiel ?

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Message Sujet: Re: Annabeth au pays des contraires   Lun 20 Nov - 22:14
Elle ne connaissait rien de ce personnage mais elle était réellement intriguée par elle. Obscure, un peu perchée, elle ne se contentait pas de répondre à la jeune demoiselle. Elle prenait les devants, se montrant même quelque peu incisive. N'importe quelle autre personne de "son" monde se serait montrée choqué de tant de familiarité. Mais Beth était différente. Elle avait besoin de se faire passer pour quelqu'un d'autre lorsqu'il s'agissait de mortels mais devant une consœur, les conventions n'avaient plus lieu d'être. Et ça l'arrangeait. C'est qu'elle n'appréciait pas trop cela, même si son Sire l'avait formé en ce domaine. Jouer un rôle. Elle excellait dans l'art de la mise en scène, après tout.

Sa question n'était pas anodine. Si la brune préférait ne pas s'attarder sur les propos précédents, elle comprenait que de sa réponse dépendrait la suite de la conversation. Et de ses affaires. Elle poussa un bref soupir, se relevant, sautillant vers la bibliothèque qui se trouvait dans la pièce. Elle ne comptait pas lire en ce moment si crucial. Mais Beth avait énormément de mal à rester figée. La torpeur qui l'a prenait en journée lui suffisait. Mains dans son dos, elle observait les reliures face à elle.

    - M'enchaîner, dis-tu ? Je n'en sais trop rien. Avant de répondre, encore faut-il que j'ai toutes les cartes en main.

S'agissait-il là d'une négociation ? Elle ne pouvait accepter à l'aveugle, cela aurait été inconscient. Mais elle ne souhaitait pas fermer cette porte. Pas maintenant qu'elle avait enfin un interlocuteur. Aurait-il été plus aisé pour elle de contacter son Sire ? Sans doute. Mais cela faisait un moment qu'elle n'avait pas eu de contact et il lui fallait agir de son propre chef.

    - Une telle décision ne se prend pas à la légère, tu dois t'en douter. Peux-tu m'en dire un peu plus ?

Investir sans risque n'était pas possible, l'expérience lui avait appris cette leçon. Son propre père en avait fait les frais lorsqu'il était encore en vie. Elle resta un instant murée dans son silence. Avant de laisser s'échapper un petit rire cristallin. Elle avait pris ce moment pour réfléchir, savoir quoi faire. Comment réagir. Et finalement, elle décidait de faire volte face. Elle souhaitait plus d'informations mais sans la confiance de cette femme, elle n'en aurait pas. Rien ne l'empêchait de quitter la pièce et de laisser Beth sans l'aider.

Elle tapa donc dans ses mains tandis qu'elle se tournait vers son invitée. D'un geste, elle remit en place certaines de ses mèches qui lui tombaient sur le visage avant de repartir d'un pas dansant vers Anna. Lorsqu'elle se déplaçait, elle donnait l'impression de voler. Légère, si légère. Et insouciante en bien des points.

    - Allez, faut savoir prendre des risques dans la vie, non ? Je suis prête à beaucoup de chose pour libérer mon potentiel. Encore faut-il me laisser ma chance.

Elle tira la langue, espiègle.

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Message Sujet: Re: Annabeth au pays des contraires   Mar 21 Nov - 21:49
Hyperactive, la gamine ne tenait pas en place ; toujours à gigoter dans tous les sens. Si bien que la Malkavienne finit par détacher son attention de l’écran de télé pour la diriger vers son interlocutrice. Sa question semblait la tracasser, craignant probablement son venin. Pourtant, il n’y en avait aucun. Seulement, l’expression d’une réalité. Dans ce verger de Chicago, elle n’était qu’un arbre. S’il devait porter des fruits, alors il serait admis. Mais en aucun cas, la liberté de croître lui serait accordée ; destiné à se faire tailler d’année en année. Une chirurgie douloureuse, pour la maigre satisfaction de ne plus appartenir aux fourmis. Quand bien même, cette ville finirait toujours par la posséder, jamais l’inverse.

Au final, la petite traçait sa route vers une autre déclinaison de la servitude moderne. La beauté du système résidait dans l’état inconscient de ses petits esclaves qui l’entretenaient, chacun dédiant sa vie à un grand Dessein qui les dépassait tous et ne les concernait en rien. Cela était d’autant plus vrai pour les créatures de la nuit contre qui la lame du Sécateur était nimbée de poison. Ce Sécateur, son protecteur en possédait, justifiant en premier lieu la présence de la Malkavienne ici-même.

-Ne crains rien, je ne me mettrai pas sur ton chemin. Ce n’est pas ce qu’on me demande et puis... je n’en verrais de toute façon pas l’intérêt.

Tandis que la gamine revenait vers elle pour montrer sa détermination, Anna se relevait pour se diriger vers la baie vitrée. Il lui était donné d’apprécier une vue exceptionnelle, la miséreuse ne s’en priverait pas. Aussi toisait-elle les gens fourmillant au pied de l’hôtel ainsi que toutes les petites lumières laissant à son champ de vision un sentiment de supériorité. Voilà donc de quelle manière les Grands les regardaient. Ce n’était pas déplaisant. Au point que la sangsue comprenait mieux que certains se laissent aveugler par leur simulacre de pouvoir. Se tournant vers Beth, Anna se demandait si elle en compterait.

-Il n’y a pas de freelance qui tienne à Chicago. J’en connais qui ne le permettront jamais. Tu as eu raison de te renseigner avant d’ouvrir ton affaire. Je peux t’épargner le bizutage réservé aux inconscients trop pressés d’emprunter la grande porte. Enfin… j’imagine. Une enfant dans un monde de requins… cette expérience ne m’est pas encore revenue. C’est peut-être l’occasion.

La pauvre ferait certainement les frais d’interlocuteurs trop traditionalistes. L’âge rendait les gens aigris. C’était d’autant plus vrai pour les vampires qui dépassaient les limites de la longévité humaine. Enfin, cette fille l’avait elle-même dit : il faut bien prendre des risques dans la vie.

-Je peux te mettre en lien avec des personnes qui pourront t’aider. Mais le voudront-elles ? Je n’en sais rien.




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Message Sujet: Re: Annabeth au pays des contraires   Mer 22 Nov - 13:20
Elle le comprenait parfaitement. Et il n'était pas question de freelance à ses yeux, seulement de placer quelques pions par ci, par là, histoire de faire progresser sa réputation et de faire prospérer son capital. Sa démarche lui permettrait donc de rester sur le bon rail, ne pas dévier pour éviter la colère des vrais propriétaires des lieux. Anna avait au moins le mérite de lui confirmer ses doutes. Puis si elle lui permettait certains désagréments, c'était pour le mieux. Elle connaissait le monde des affaires. Savait que beaucoup n'appréciait pas l'arrivée d'une nouvelle pièce.

Beth allait toutefois entrer dans un monde nouveau pour elle. Un monde géré par des vampires hautement placés dans les strates du pouvoir. Emprunter la grande porte ? C'était exclue. Après tout, elle avait l'éternité devant elle pour se faire un nom. Ne pas brûler les étapes. Tel était le conseil de cette jeune femme face à elle. Et elle était du même avis. Où allait-elle mettre les pieds ? Là était la vraie inconnue. Et surtout, quel genre de chose allait-on lui demander comme paiement. L'argent ? Elle en doutait un peu. Ce n'est pas ce qui manquait aux grands pontes de la ville.

La remarque sur son apparence la fit toutefois tiquer. Elle savait qu'il ne s'agissait pas là d'un reproche mais seulement d'un constat. Un constat que d'autre pouvait faire. Néanmoins elle ne parvint pas à empêcher sa grimace. Elle savait son apparence problématique dans un monde comme celui-ci. Ce n'était pas une chance que de ressembler à une enfant de 14 ans.

    - Je te remercie. C'est vrai que si on peut éviter que certaines choses posent problème, ce ne serait pas du luxe. Même si je doute qu'on puisse l'empêcher complètement. Disons que j'ai l'habitude que l'on me juge sévèrement à cause de ça.

D'un geste, elle s'était désignée. Surtout qu'elle pouvait elle-même se montrer irritable à ce sujet. Par le passé, son Sire l'avait déjà repris à ce sujet. Il s'agissait même là d'un problème comportemental fréquent chez elle. Elle finit par se ressaisir. Adressant un vrai sourire à Anna.

    - La meilleure façon de le savoir, c'est de leur demander non ? En dépit des apparences, je suis une vraie femme d'affaires. Et s'il faut que je les rassure moi-même, c'est avec plaisir que je me mettrais à leur disposition. Alors je vais poser la question : que dois-je faire ? Qui dois-je voir ?



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Message Sujet: Re: Annabeth au pays des contraires   Mar 28 Nov - 19:03
Il était perturbant d’observer un caractère si posé chez la petite, quand d’autres qui en imposaient physiquement faisaient montre d’une plus grande naïveté. Sans doute avait-elle eu à traverser des expériences qui justifiaient sa prudence. Sauf à envisager qu’elle était une fille prodige dans le monde des affaires. Il était particulièrement difficile de se faire un avis quand les créatures de la nuit recouvraient des traits juvéniles ; hors du temps mais jugés selon leur apparence. Ah.. sans doute son chemin avait-il été semé d'embuche, limitée par l’image qu’elle renvoyait chez autrui. Pauvre chose fragile demandant d’être protégée… on n’en attendait nul esprit d’initiative. Et pourtant… la voir insister en ce sens. Quelle effronterie… qui devait se payer par une taloche derrière la tête.

Clignant des yeux… à quoi pensait-elle déjà ? Constatant la grimace de son interlocutrice, Anna se dit que cette pensée faisait trembler son subconscient. Constant va-et-vient à travers le quatrième mur, qui distordait cette réalité trompeuse derrière des signes subtils que la sangsue avait appris à identifier. Manifestement, la pauvre Beth souffrait beaucoup de ce regard injuste, comme elle-même de son éveil. Autant dire que l’empathie était totale tandis que sa vis-à-vis empruntait une mine légèrement dépitée... qu’elle imitait alors. Oh oui… Sale monde que cela ! Pouah ! Tout puant !

-Nous sommes ce que nous projetons. C’est ainsi que raisonnent mes employeurs… comme chacun déambulant ici-bas. Il faut être Conscient pour traverser ce voile chimérique. Pour ma part, j’y vois clair.


Croisant les jambes et s’adossant le menton au creux de la main sur l’appui du fauteuil, la jeune femme souriait à sa semblable. Elle l’aimait bien. Ou plutôt, ce que son essence lui susurrait par jeu de symboles lui plaisait.

-Ne sois pas si pressée... Il fait sombre. Aide moi à y voir plus clair. Alors, il me sera plus facile de leur exprimer qui tu es vraiment.





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Message Sujet: Re: Annabeth au pays des contraires   Mer 13 Déc - 19:26
Anna était décidément une bien curieuse créature. Elle semblait comme appartenir à un autre monde, bien différent de celui dans lequel évoluait Beth. Cette assurance qu’elle affichait n’était pas feinte. Ni crainte, ni préjugés. C’était assez déstabilisant pour la jeune demoiselle qui n’était pas coutumière de ce genre de comportement. Ce n’était pas spécialement déplaisant d’être face à une femme comme elle, même si elle admettait perdre quelque peu ses moyens. L’excitation revint. Cette rencontre lui plaisait plus que de raison. Mais elle ne parvenait pas encore à comprendre pourquoi. Quoi qu’il en soit, Beth comprit qu’elle n’obtiendrait pas les réponses attendues si aisément. Faire preuve de patience, lui faire comprendre qui elle était et ce qu’elle désirait. Bien, s’il fallait passer par là. Elle prit elle aussi place dans le canapé se trouvant à proximité. Et poussa un long soupir de résignation.
    - Tu as raison. Nous sommes ce que nous projetons. C’est joliment dit. J’aime bien.

Simple fait qu’elle relevait. On jugeait et jaugeait les gens sur leur apparence. Leur paraître. C’est ainsi que fonctionnait la société, qu’elle soit humaine ou immortelle. Et Anna avait parfaitement résumé cela avec sa remarque.
    - Je vais être franche : c’est difficile de comprendre ce que tu attends. Attention, ce n’est pas un reproche. Je n ‘ai jamais rencontré une personne comme toi par le passé et je me rends compte que ça me manquait. Je vais donc tenter d’éclaircir certaines choses me concernant. Et développer un peu ce que je souhaite faire. Peut-être que cela jettera une nouvelle lumière sur celle que je suis. Ah ! Et au passage, si tu veux dîner, sache que je n’ai qu’un coup de fil à passer. Il faudra juste ne pas abimer la marchandise.

Croisant les jambes sous elle, elle cala un coussin derrière sa nuque afin de prendre une posture plus décontractée. Réussirait-elle à lever le voile qui obscurcissait la vue d’Anna ?
    - Cela fait un peu plus d’une dizaine d’années que je suis celle que tu vois ce soir. Mon Sire a été attiré par ma présence et après avoir obtenu l’autorisation du Prince de m’étreindre, il s’est empressé d’agir. Peut-être le connais-tu d’ailleurs ? Il se nomme Jaroslav Pascek. Il m’a offert une nouvelle vie, là où l’ancienne ne valait plus grand-chose.

Elle jouait désormais avec ses cheveux, perdue dans son petit récit.
    - J’ai gardé de cette vie passée la fortune de ma famille et un goût prononcé pour les affaires. D’où ta présence ici même. Je veux me faire un nom dans ce monde qui est le notre. Je veux devenir quelqu’un. Tu peux juger cela prétentieux. Je ne te corrigerai pas. Je le suis un peu, comme tant des nôtres. La force n’est pas quelque chose que je recherche. Je veux quelque chose de plus durable. De moins éphémère. Je sais que c’est dangereux de se faire remarquer. Mais qui puis-je ? J’aime jouer. Cette nouvelle vie qui m’a été offerte est pour moi l’occasion d’avoir un réel impact sur les choses. Du moins ai-je envie d’y croire.

Elle cessa un instant de parler. Et mima un bâillement afin de faire comprendre qu’elle aussi trouvait cela ennuyeux. Un nouveau rire cristallin s’échappa de sa gorge.
    - Je dois être ennuyante à mourir. Je te prie de m’excuser. Et si tu me parlais un peu de toi ? Comment t’es tu retrouvé à faire les intermédiaires comme cela ?



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